
Photo : Nina-no, 2006, CC BY-SA 3.0
Conférence - Des Mages d’Iran aux Mages évangéliques. Itinéraires interculturels entre mazdéisme et christianisme
Vendredi 23 janvier 2026, 9h00 - 12h30, Mmsh, salle Paul-Albert Février, Aix-en-Provence. Organisée par Camille AUBERT, doctorante AMU, IREMAM.
Intervenant : Antonio PANAINO, Université de Bologne.
La conférence propose trois itinéraires concernant l’histoire des Mages, en commençant par la description de leur rôle en tant que membre d’une caste sacerdotale active dans la Perse antique. Dans ce contexte, les Mages (vieux perse magu-) exerçaient la fonction de prêtres responsables du culte d’Ahura Mazda. L’influence de leur nom, qui se reflète dans le grec ancien mágos, puis dans le latin magus, est à la base de la diffusion des termes pour désigner la « magie » dans plusieurs langues européennes. Partant de ce contexte historique, la conférence étudiera l’origine et le développement du cycle des Mages évangéliques qui, à partir de l’Évangile selon Matthieu, se développe parmi les sources apocryphes, en s’appuyant sur diverses traditions interculturelles, également liées aux objectifs de la propagande chrétienne sur les territoires de la Méditerranée et du Proche-Orient. Le nombre, l’origine, la fonction et la valeur symbolique de ces Mages feront l’objet d’une analyse critique. Combien sont-ils : deux, trois, quatre, douze ? Rois ou marchands ? Astrologues ou simples chercheurs de vérité ? Quelle est la valeur de l’étoile ? Phénomène scientifique ou symbole de foi ? Dans quelle mesure le choix de sujets identifiables comme membres d’un collège sacerdotal d’origine iranienne reflète-t-il une certaine compréhension de l’attente zoroastrienne concernant le troisième fils posthume de Zarathuštra (le Saošyant), né d’une vierge et qui ressuscitera les vivants et les morts ?
Il convient de noter, en effet, que le lien direct entre le zoroastrisme et l'attente du Messie apparaît clairement dans l’Évangile arabe de l’enfance, le Codex Laurentianus, où, dans l’incipit, c’est Zoroastre qui annonce la naissance de son successeur qui changera l'histoire du monde. Ces thèmes, parmi d’autres, comme l’origine du choix des noms les plus courants des trois Rois Mages de Bethléem, illustrent la complexité des relations entre cultures voisines. Cette interconnexion historique culmine dans le lien direct entre la figure de Cyrus le Grand, « l’oint du Seigneur », dans le Deutero-Isaiah, et le Christ, Messie par excellence, dans un récit où les prêtres du premier oignent le second comme Seigneur universel. On peut également citer la mise en parallèle de la figure des trois Rois mages et des trois âges du monde – présent, futur et passé –, bien développé, par exemple, dans l’Évangile arménien de l’enfance, qui se reflètent dans l’image singulière de Jésus comme cosmocrator, mais aussi dans le culte des grandes divinités du temp, telles que l’Aion (Αἰών)grec ou le dieu Zurwān du Mazdéisme ancien.